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Des hivers qui se remarquent : Pluies et ouragans, gadoues et crues !

 

 

Il est difficile, de nos jours, d’imaginer comment la moindre pluie pouvait transformer en gadoue les rues non pavées des villes et villages - sans réseau d’égouts - foulées par des gens à pied ou en charrette, où le crottin des chevaux se mêlait aux excréments d’une multitude d’animaux, aux immondices mis en tas à la porte des habitations, des échoppes et des ateliers si nombreux à cette époque, dans l’attente d’un hypothétique ramassage par le tombereau municipal ! Cette gadoue devenait d’autant plus abondante que les pluies étaient diluviennes et la circulation intense… La pluie rendait tout dégoulinant, la crotte et la boue engluaient et plâtraient les robes des dames et les pantalons des messieurs des chevilles aux genoux.

 

L’inondation, pourtant sujet vraiment tragique, inspire bien souvent les artistes, peintre ou poète, depuis le Déluge qui séduit Poussin et Gustave Doré, Schnetz qui peint en 1831 les débordements du Tibre, Paul Huet qui montre son Inondation à Saint-Cloud à l’Exposition Universelle de 1855. Théophile Gautier écrit d’ailleurs à propos de cette toile : « il est impossible de mieux rendre la lumière blafarde, l’eau terreuse, les branchages souillés, et l’aspect étrange et désolé de l’inondation. » Si Castelneau et Saintain peignent des inondations sans les localiser, Belly situe la sienne en Égypte, Lasalle et Bouguereau localisent les leurs à Tarascon, Pignerolle à Rome. Van den Berg en compose une curieuse en Hollande. La Loire en crue trouve des adeptes en Picon qui l’expose au Salon de 1865 et Leullier au Salon de 1869. Il est vrai qu’au cours du XIXe siècle, la Seine et la Loire ont débordé et inondé vraiment 13 fois et le Rhône 11 fois !

 

En 1195, à Paris, la montée des eaux de la Seine force Philippe Auguste à fuir son palais de la Cité pour se réfugier à l’abbaye Sainte-Geneviève.

En janvier 1493, elles s’étendent jusqu’à la place Maubert et la rue Saint-André-des-Arcs. A la suite de cette inondation, une statue de la Vierge est installée sur un pilier (actuellement quai de la Mégisserie) avec l’inscription :

Mil quatre cens quatre-vingt-treize

Le septiesme jour de Janvier

Seyne fut ici à son aise

Battant le siège du pilier.

 

En 1544, les pluies diluviennes qui tombent sur la Provence font sortir de son lit le Rhône qui abat une partie des murailles d’Avignon, déterre les morts dans les cimetières. En janvier 1579, la Bièvre bourbeuse cause une inondation terrible baptisée « le déluge de Saint-Marcel ». A Paris le 22 décembre 1595, le pont aux Meuniers, voisin du grand Pont, que la violence des eaux vient d’entraîner avec toutes les maisons bâties dessus et habitées par les meuniers, s’effondre dans un fracas épouvantable : 160 personnes périssent dans la chute.

 

Chute d’une partie du pont Saint Michel à Paris en 1616

En 1616, à Paris, le dégel du mois de janvier amène la débâcle des glaces et la chute d’une partie du Pont Saint-Michel, dans la nuit du 29 au 30. Le Pont au Change est secoué à son tour et plusieurs maisons sont renversées dans l’eau. « Les eaux entraînèrent les meubles des maisons jusqu’aux environs de la ville de Saint-Denis. » Paris à travers les siècles, tome 2, 1892. Dans les registres manuscrits du Parlement, en date du 10 février, on lit « Les quels meubles ayant été demandés par ceux aux quels ils appartenoient, la délivrance en a été retardée sous prétexte des droits d’épave, bris et naufrages prétendus par ceux qui les ont trouvés, au grand préjudice et dommage tant des particuliers que du public ; requiert qu’ils leur soient rendus promptement sans aucun droit d’épaves, bris et naufrages. » La cour fit rendre les meubles mais elle n’abolit pas le droit d’épave qui subsista jusqu’à la Révolution.

 

En 1627, le Roubion en crue dévaste une partie des remparts et des fortifications de Montélimar : les brigands pénètrent dans la ville et tuent pour piller.

En 1647, les Parisiens se déplacent en bateau dans les rues du Coq et du Mouton… Onze ans plus tard, le 27 février 1658, toutes les maisons des quais sont anéanties par le violent courant de la Seine et une montée des eaux mémorable : 8,81 m.

 

L’année 1726 commence par un temps affreux, la Seine déborde de tous côtés puis se congèle en raison d’un froid terrible. Le 18 janvier, les glaces et la débâcle brisent des bateaux chargés de 1 500 pièces de vin : tout est perdu. Des moulins à eau habités s’en vont à la dérive, le feu s’y met et les consume : on ne peut rien sauvé, ni personne.

Si l’hiver de 1739-40 est calamiteux (une forte inondation de la Seine commencée le 7 décembre dure jusqu’au 18 février), celui de 1740-41 n’est pas plus clément. Le jour de Noël, la plaine de Grenelle, du canton des Invalides, au Cours-la-Reine et aux Champs-Élysées, tout Paris se couvre d’eau. La Seine allonge son lit jusqu’à la place Vendôme ; la place Maubert, la rue de Bièvre, la rue Perdue, la rue Galante et la rue du Fouare deviennent ses affluents. Sur le port au blé, l’eau va au-dessus des portes cochères. « Quelques maisons avaient été détruites et renversées par les eaux, des personnes y furent noyées ou écrasées et la ville dut faire abattre un grand nombre de bâtiments… L’inondation eut des suites désastreuses au point de vue de la misère et le nombre des mendiants devint tel que le Parlement dut rendre de nouveaux arrêts : tous les pauvres étrangers à Paris durent quitter la ville dans la huitaine… » Paris à travers les siècles, Tome III. Le jour des Rois, il se met à geler si fort que la Seine, 3 jours plus tard, est scellée dans la glace. Il gela pendant deux mois… Le Rhône connaît également plusieurs crues mais celles de 1713, 1715, 1747, 1754 sont vraiment catastrophiques.

Paris est à nouveau inondé en 1751 : « on alloit en bateau dans la rue de Bièvre et jusqu’à la fontaine de la place Maubert, sur la place de Grève, le quai des Augustins, le quai du Louvre ; tout le chemin de Versailles, le cours La Reine et les Champs-Élysées étoient sous l’eau. » Cette situation dure près d’un mois.

Il est encore inondé en février 1764, après un froid rigoureux dès le mois de novembre de l’année précédente et une chute abondante de neige suivie de pluies torrentielles qui font grossir également les rivières de Champagne et de Bourgogne. Le 27 janvier, la Seine avait commencé à monter. « Le 7 février, à la tombée de la nuit, l’eau s’élevait à 20 pieds 8 pouces (7 m d’eau environ)… la plus grande hauteur de l’eau fut de 21 pieds 10 pouces. » Paris à travers les siècles, tome III. L’eau refoule par tous les égouts, noie la plaine d’Ivry ; « l’isle Louvier étoit presque toute couverte » ainsi que le quai des Augustins, le quai de la Tournelle, la rue de l’Université, « le jardin du Terrain étoit devenu une isle, dans la Cité, la cour de la Présidence étoit remplie, la partie du cloître de Notre-Dame qui aboutit au Pont-Rouge étoit inondée. Le palais Bourbon et les hôtels qui l’avoisinent formoient une isle… »

« La nuit du 4 au 5 février 1774, les glaces s’accumulèrent et s’élevèrent si haut à Charenton que, se renversant par-dessus les estacades, elles se précipitèrent à travers les gares et entraînèrent par leur impétuosité 42 bateaux de différentes grandeurs, tous chargés de charbon. » Paris à travers les siècles, Tome III. Cette masse énorme a pour effet d’entraîner immédiatement avec elle plusieurs bateaux vides, le bac, l’une des pataches de la ferme générale et les 5 occupants de garde, un moulin…

Dans la nuit du 27 au 28 février 1781, la tempête est si forte à Paris et dans les environs que les rues sont jonchées de cheminées et de toits enlevés par le vent ; dans les jardins des Tuileries et de Versailles, les arbres sont déracinés ou coupés par leur milieu ; la grande grille du château de Versailles est arrachée et jetée à terre…

 

Au XIXe siècle, les inondations désolent une grande partie de la France : l’Ain, l’Ardèche, les Bouches-du-Rhône, la Côte-d’Or, la Drôme, le Gard, l’Hérault, l’Isère, la Lorraine, le Nord, le Rhône, la Saône et Loire… Lyon est la ville qui souffre le plus : plus de 500 maisons sont anéanties dans les faubourgs de Vaise et de la Guillotière.

Non seulement l’année 1816 est marquée par le mauvais temps mais elle est marquée aussi par la disette qui sévit cruellement.

 

Le 11 janvier 1866 à 11 heures du matin, un épouvantable ouragan se déchaîne sur la rade de Cherbourg : 22 navires venus se réfugier à l’abri de la tempête sont jetés sur le quai Napoléon ; presque tous devront être démolis sur place. Deux-cent-vingt blocs énormes - qui servent de contrefort et dont certains pèsent 4 tonnes - sont arrachés et balancés par-dessus la muraille du môle. Trente-huit canons qui couronnent la digue sont arrachés et précipités à la mer ; quatorze d’entre eux pesaient 6 tonnes !

 

Tempête du 11 janvier 1866 à Cherbourg

 

La fin de l’année 1872 reste marquée par des ouragans et des pluies torrentielles puis des crues. Fin novembre, les inondations commencent au confluent de l’Oise et du Thérain, noyant la vallée industrielle et paralysant les usines. Début décembre, la Marne sort de son lit et noie la vallée de Perreux, la capricieuse Durance, tant redoutée, déborde et inonde la plaine d’Avignon. La Loire, se gorgeant de tous ses affluents, sort de son lit. Le 11 décembre, un violent coup de vent déracine les arbres dans les Alpes et furieusement dévaste Paris. Suivent des trombes d’eaux ininterrompues qui gonfle la Seine mugissante : Paris  et la banlieue se paralysent subitement, dans une France encore si affaiblie par la guerre de 1870 !

« Cette année, les inondations si générales semblent tenir à quelque cause astronomique. C’est dans les régions célestes qu’il faut probablement chercher la cause des pluies d’une persistance inouïe. De brillants météores aperçus depuis Dublin jusqu’à Rome, depuis Bordeaux jusqu’à Genève semblent avoir produit tous ces troubles » remarque W. de Fonvielle dans l’Illustration de décembre 1872 en s’appuyant sur la conclusion d’Alexandre Herscheli, troisième représentant de la glorieuse dynastie astronomique fondée par le maître de chapelle du roi de Hanovre, qui démontre que « notre globe a été assez maladroit pour donner tête baissée sur la comète de Biela »

 

Les inondations de la Seine, fin 1872

 

Les inondations de Chambery en janvier 1875

En 1875, dans la nuit du 17 au 18 janvier, les deux rivières qui traversent Chambéry roulent des eaux rapides, abondantes et menaçantes dans un terrible fracas. A 5 heures du matin, le tocsin réveille la population mais déjà il n’est plus temps de se sauver : les rues, les caves et les rez-de-chaussée sont inondés. Au milieu des eaux boueuses - qui atteignent par endroit 1,80 m - surnagent des poutres, des tonneaux, du linge, des ustensiles de toute sorte. Vers 22 heures, il ne reste plus d’immersion mais 2 millions de dégâts.

 

Le 24 février 1876, avec la fonte de la neige abondamment tombée en janvier, la Seine monte à l’assaut des berges. Mars n’est qu’averses, bourrasques, inondations. Le 18 mars, la crue de la Seine ruine les commerçants, notamment les négociants de Bercy : l’étiage du Pont-Royal est à 7 mètres. Bien des malheureux doivent fuir leurs demeures dévastées.

Un enterrement à Alfortville en février 1876

La situation s’aggrave au fil des jours. De Villeneuve-Saint-Georges à Maisons-Alfort, ce n’est plus qu’un lac immense d’où émergent les cimes des peupliers et quelques toits de maisons. Les habitants d’Alfortville se sont réfugiés au 1er étage de leurs habitations et ne s’y sentent plus en sécurité devant la montée des eaux.

Sur la rive droite de la Marne, l’eau a tout envahi sur un large espace. Suresnes, le champ de courses de Longchamp, Puteaux, Asnières sont submergés : plus de 1 200 habitants, cultivateurs campent massés dans la seule partie élevée existante.

 

Les inondations de de la Seine en 1889

Camille Flammarion expose dans son ouvrage Atmosphère le mécanisme des inondations et il y écrit que l’année 1876 sera inscrite aux annales de la météorologie par l’abondance des pluies et par l’élévation du niveau des fleuves, comme l’ont été à des périodes décennales régulières (coïncidant presque avec les minima des taches solaires) les années 1866, 1856, 1846 et 1836.

 

1649 - 1897 : Paris et les grandes crues !

 

Jamais les crues n’ont été aussi fortes qu’en 1658. Les inondations de 1861 et de 1866 ne causèrent peu de dégâts car les services du baron Hausmann étaient très bien organisés et la lutte contre le fléau fut efficace.

En 1897, Harold Tarry, vice-président de la Société météorologique de France, rend publique une communication de la Société des Statistiques de Paris concernant les grandes crues de la Seine depuis 250 ans :

            1649           février                      7,66 mètres

            1651           25 janvier                 7,83

            1658           27 février                8,81

            1711           mars                         7,62

            1740           26 décembre            7,90

            1764           7 février                   7,33

            1801           8 décembre              6,24

            1802           3 janvier                   7,45

            1806           15 janvier                 5,89

            1807           3 mars                      6,70

            1817           13 mars                    6,30

            1836           16 décembre            6,60

            1844           5 mars                      5,80

            1850           8 février                   6,07

            1861           5 janvier                   5,60

            1872           17 décembre            5,85

            1876           17 mars                    6,70

            1877           23 février                 4,11

            1879           7 janvier                   5,20

            1882           déc.                          5,84

            1883           5 janvier                   6,00

            1897           15 février                 6,51

Fin février 1889, la Seine monte dangereusement : les constructions de l’exposition édifiées sur la berge du quai d’Orsay sont transformées pendant quelques jours en cité lacustre. Près de l’Esplanade des Invalides, le pavillon de la balnéothérapie, que l’on venait de commencer, est submergé jusqu’à la charpente. Le palais des produits alimentaires est traversé par les eaux : celles-ci, après avoir pénétré par les fenêtres en amont, ont soulevé le parquet et s’écoulent par les fenêtres en aval. L’énorme échafaudage qui sert à la construction du pont d’Arcole est emporté tout d’une pièce : les pieux enfoncés sur 80 centimètres sont arrachés par le courant violent, les madriers cassés comme des allumettes.

 

Après les tempêtes de 1894, l’Observatoire de Bidston à Liverpool note qu’entre 1867-1894, c’est en 1868 que notre pays a enregistré le plus grand nombre de tempêtes : 28 (vent de 94 km/h en moyenne soufflant pendant une durée de 5 à 30 h consécutives). Par ailleurs, il a observé que les années concernées par les ouragans se suivent de 5 en 5 ans ainsi 1868, 1873, 1878…

 

Le Petit Journal 1900

Mi-janvier 1900 : « Ouragan sur les boulevards de Paris » titre Le Petit Journal illustré qui poursuit « Autrefois Paris n’avait guère de ces cyclones qui se produisent un peu trop fréquemment depuis quelques années. Nous n’avons pas eu la fin du monde, mais il ne se passe pas moins des choses auxquelles nous n’étions pas habitués. Moins violent que d’autres, il n’en a pas moins causé des dégâts très importants. A cause de la persistance endiablée du mauvais temps oscillant entre « Pluviôse » et « Ventôse » les travaux de l’Exposition Universelle prennent du retard. »

 

Selon la Commission chargée d’établir le calendrier républicain, Pluviôse tirait son nom des pluies qui tombaient généralement avec abondance du 20 janvier au 18 février, dates du calendrier grégorien, et Ventôse, en raison des giboulées et du vent qui caractérisait la période du 11 au 20 février -

Il pleut aussi à Marseille où les rafales de vent sont si violentes qu’elles culbutent une voiture attelée et la projettent dans le canal des Douanes. Malgré la rapidité des secours pour dégager le fiacre et le cheval, la passagère se noya.

 

En février 1902, bourrasques et tempêtes sévissent sur les côtes de l’océan y causant maints naufrages, n’épargnant pas, du reste, le littoral méditerranéen, mettant à mal son climat enchanteur.

 

A la fin de l’année 1909, les sols sont saturés par des pluies bien supérieures de 38 % aux normales habituelles, plus particulièrement le mois de décembre qui atteint 50 % de pluie en plus. Les cours d’eau sont à leur plus haut niveau.

 

Tout janvier 1910 est sous la pluie et la neige. Paris et la banlieue connaissent très vite de terribles inondations : plus de 20 000 immeubles sont inondés. La rue Félicien-David est la première envahie par les eaux, comme elle le fut déjà - transformée en une véritable rivière - en 1861 lorsqu’elle s’appelait rue Cuissard, puis en 1867 alors baptisée rue Hérold. « Comment cette Seine si tranquille dans sa majesté, ce cours d’eau qui se permettait quelques incartades tous les quarante-cinq ou cinquante ans, a violé toutes les statistiques  qui font que Paris reprend en quelques jours la physionomie lugubre de l’année dernière ? » questionne Mudaison dans Le Gaulois du Dimanche avant de poursuivre « On ne peut se défendre sans attaquer mais il est vraiment désastreux qu’à notre époque Paris soit à la merci d’un tel fléau qui coûte aussi cher qu’une guerre. »

 

 

 

Le 5 mars 1912, une tempête des plus violentes, accompagnée de cyclones et de raz de marée, dévaste toute la côte N-O et Ouest de la France. A Boulogne, la mer furieuse déferle sur les quais et monte à l’assaut des maisons en face du port. A Beauvais, plusieurs quartiers sont durement éprouvés. A Caen, le jardin des plantes est saccagé. A Cherbourg, Granville, Saint-Malo, Dinard, c’est un même désastre ; plusieurs villas s’effondrent. Un raz de marée balaie les îles d’Ouessant et de Sein. De nombreux naufrages sont signalés avec pertes humaines.

N° spécial Noël 1916 L’Illustration

 

Pendant l’hiver 1916-1917, les pluies automnales diluviennes transforment les champs de bataille des Flandres, de l’Artois, de l’Argonne, de la Champagne, des Vosges en une mer de boue enveloppée de brumes épaisses. Dans un bel article d’Henri Lavedan, on trouve quelques lignes éloquentes : « A combien de ceux qui se battent et se débattent les deux tiers de l’année dans les marécages du front, n’avons-nous pas entendu dire : on cherche le nom définitif de cette guerre… Il est tout trouvé. C’est la guerre de la boue. Elle a la force et les ruses de l’eau mais sans qu’il soit possible de la pomper, de la chasser, de la canaliser… Elle met des écailles et des grumeaux sur le corps du soldat, elle ankylose ses membres, elle fige son cœur. En une minute, elle attrape l’homme aux chevilles et lui monte aux genoux : elle enlise des millions de boueux de la guerre. » …

 

Dans la nuit du 23 au 24 décembre 1919, la Meurthe, la Moselle et maints ruisseaux vosgiens ont l’humeur cruelle et meurtrière. A Épinal, la Moselle, comme une mer en colère, grossit avec une effrayante rapidité, une passerelle est emportée, des usines, le Cours et les maisons riveraines inondés : un jeune homme est noyé. « Au pont de pierre, l’écume blanche d’un flot furieux dépasse de 15 centimètres le niveau de la plus forte crue connue, celle de 1778, qui avait été de 4 mètres. » L’Illustration, janvier 1920. Aux environs de Saint-Dié, Raon l’Étape, Nancy, les ruines s’accumulent, tout comme en Alsace où la Liepvrette charrient des arbres, des bestiaux, des morceaux de route ; un jeune homme est emporté et noyé…

 

   

 

Le 5 janvier 1920, la Seine atteint la cote maxima à 6,65 m au pont d’Austerlitz : la capitale est épargnée, mais il n’en est pas de même pour la banlieue, surtout dans la vallée de la Marne où la plaine disparaît sous une immense nappe d’eau causant des ravages. Les usines sont inondées mettant 30 000 personnes au chômage.

En Savoie, la lac du Bourget déborde et envahit la plaine de Chambéry.

Succédant à l’épouvantable année 1924, janvier 1925 voit tempête et inondations sévirent sur les côtes de la Manche. Le littoral du Pas-de-Calais et l’intérieur des terres sont submergés. Plusieurs centaines d’habitations sont évacuées à Bruay, Béthune, Locon, Robecq, Gonnehem et Vieille-Chapelle.

 

En janvier 1926, les pluies persistantes des dernières semaines occasionnent, un peu partout en France et à l’étranger des inondations dont quelques-unes sont inquiétantes. C’est une véritable catastrophe qui s’est abattue sur la ville de Caen où la crue de l’Orne dépasse en gravité celle de 1910. L’Oise sort de son lit à Compiègne et à Creil, l’Aisne à Soissons, à Jaux, à Choisy, la Saône à Tournus, la Meuse à Mézières et à Wacq où l’eau atteint 1,60 m dans les rues… En Bretagne, l’océan est démonté depuis plus d’un mois, rendant la navigation impossible : depuis 19 jours l’île de Sein n’est plus ravitaillée ; depuis plus de 40 jours, les gardiens de phares ne sont pas relevés…

 

En 1931, la pluie qui, depuis de longs mois, tombe presque sans interruption, cause partout des catastrophes. Les fleuves et les rivières inondent leurs rives occasionnant des dégâts. Outre les inondations, on constate que l’eau mine doucement les montagnes et les collines du Châtelard-en-Bauge, en Savoie. « Des glissements sont à présent le résultat de ce travail lent mais incessant, et chacun suit attentivement et anxieusement les progrès de la coulée de boue qui a déjà recouvert plusieurs hameaux, entre autres celui des Berges et celui des Michaud dont il ne reste plus aucune trace. » Le Miroir du Monde, mars 1931.

 

Dans les rues de Beziers en décembre 1932

En décembre 1932, à la suite d’abondantes pluies et de la fonte des neiges, les cours d’eau du Narbonnais débordent. Trois départements du Sud-Ouest - l’Aude, l’Hérault et les Pyrénées-Orientales - sont en partie inondés : la situation est particulièrement grave à Carcassonne où les eaux atteignent 3,60 mètres. A Béziers, plusieurs usines sont envahies et la voûte de l’église Saint-Jacques s’est effondrée. La digue de Cuxac d’Aude - qui avait été réparée en 1930 - s’est rompue. Sur les plages de la région, les vagues déferlent violemment contre les jetées rendant la navigation dangereuse.

Par ailleurs, les eaux du Tarn atteignent 5 mètres au-dessus de l’étiage et Montauban semble sérieusement menacé.

Orage à St Rambert – L’Ile Barbe en novembre 1935

 

Le mois d’octobre 1935 subit quelques pluies diluviennes et celui de novembre enregistre une redoutable série pluvieuse qui se poursuit avec persistance du 28 décembre 1935 au 11 janvier 1936. Maurice Pardé écrit :« Les averses se concentrent avec une fureur indescriptible sur le rebord oriental du Massif Central ; l’Ardèche, la Cèze, le Gardon bondissent en des ascensions foudroyantes à des cotes insensées et gonflent instantanément le Rhône inférieur. » De plus, une remarquable élévation des températures a fait fondre jusqu’à 1 500 mètres le neige abondamment tombée mi-décembre sur les Alpes du Sud.

Inondations dans les rues de Nantes – janvier 1936

Tout le mois de janvier 1936 continue d’être marqué par un régime  pluvieux qui affecte 20 départements de France : tous les grands fleuves, sans distinction, débordent :  la Seine, la Loire, la Garonne, Le Rhône. A Nantes, la situation est l’une des plus graves. Dans les campagnes, les habitants fuient la montée des eaux avec leurs troupeaux. Dans le Morbihan, le Blavet envahit la rue principale de Lochrist près de Lorient ; la banlieue rennaise est noyée sous les eaux de la Vilaine ; les rails de la gare du chef-lieu de la Vienne sont recouvertes par 80 centimètres d’eau ; à Châtellerault, la Vienne roule des eaux furieuses ; à Bonneval, la Loire en crue atteint les toits des maisons…

Après un temps d’accalmie et une décrue amorcée vers la mi-janvier, les inondations reprennent dans presque tous les grands bassins fluviaux : Avignon, Mondragon, Nantes et Ancenis sont les villes les plus éprouvées.

 

Quartiers sinistrés d’Avignon en janvier 1936

La pluviosité exceptionnellement élevée des derniers mois de 1935, qui persiste jusqu’en janvier 1936, provoque en Savoie des crues désastreuses et un éboulement de boue qui, le 17 janvier 1936, désole la petite commune de Serrières en Chautagne.

 

Sources : mes collections et livres anciens

 

Rosine Lagier

 

 

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